Derni?re interview de Michael Jackson
Par Harold |
lundi 5 novembre 2007 à 11:26 | Michael Jackson
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Interview : Michael Jackson pour Ebony Magazine...
Le magazine Ebony est paru vendredi chez quelques kiosques new-yorkais, dix jours avant sa date de sortie officielle (12 novembre) aux USA. Voil? pourquoi nous pouvons d'ores et d?j? vous proposer la traduction de l'interview exclusive que Michael Jackson leur a accord?e. C'est sa toute premi?re interview depuis le 28 mars 2005. La voici en int?gralit?:
Propos recueillis par Bryan Monroe
Ebony: Comment est-ce que tout a commenc? ?
Michael Jackson: La Motown allait faire un film, "The Wiz", et il s’est trouv? que Quincy Jones ?tait en charge de la musique. J’avais d?j? entendu parler de lui, quand j’?tais petit dans l’Indiana, mon p?re achetait des albums de jazz, alors je le connaissais en tant que musicien jazz.
Quand on a fini le film – on ?tait devenus plut?t proches pendant le tournage ; il m’aidait ? comprendre certains mots et se comportait un peu comme un p?re avec moi – je l’ai appel? car je l’estimais sinc?rement. En fait je suis quelqu’un de timide, surtout ? l’?poque, je ne regardais m?me pas les gens quand ils m’adressaient la parole, je vous le jure… Et donc je lui ai dit : "Je suis pr?t ? faire un album. Est-ce que par hasard tu aurais quelqu’un ? me recommander qui voudrait bien le produire avec moi ou travailler avec moi ?" Apr?s un instant de silence il m’a r?pondu : "Et pourquoi pas moi ?" Je me suis demand? pourquoi je n’y avais pas pens? avant. Sans doute parce que je l’assimilais plus ? mon p?re, donc ? un son plus jazz. Alors quand il m’a dit ?a, j’ai dit : "Wow, ce serait g?nial !" Ce qu’il y a de super ? travailler avec Quincy c’est qu’il te laisse faire ce que tu as ? faire sans intervenir.
On a d’abord commenc? par mon projet "Off The Wall", notre premier album. Rod Temperton est venu en studio accompagn? d'un batteur d?capant – un petit Allemand qui venait de W?rs – (qui nous a pr?sent? un son comme ?a) : "doop dakka dakka doop, dakka dakka dakka doop", plus la m?lodie et le refrain de "Rock With You". J’ai fait wow ! En entendant ?a, je me suis dit que j'avais plut?t int?r?t ? me mettre au boulot. Ensuite, ? chaque fois que Rod proposait quelque chose, je proposais autre chose ? mon tour, et c’est devenu une esp?ce de concours amical. J’adore travailler comme ?a. J’avais d?j? lu la fa?on de faire chez Walt Disney quand ils travaillaient sur "Bambi" ou un autre film d’animation, o? ils mettaient un faon au milieu de la pi?ce en confrontant les diff?rents styles de dessins de chaque animateur, et Walt choisissait son pr?f?r?. Ils ?taient en concurrence, m?me si ?a n’?tait qu’amical cela restait une comp?tition, car c’est ce qui encourage ? plus d’efforts. Donc Rod et moi, chacun notre tour on proposait des choses… C’?tait formidable de pouvoir proc?der ainsi.
Ebony: Donc apr?s "Off The Wall", au printemps 1982, vous ?tes retourn? en studio pour faire "Thriller".
MJ: Apr?s "Off The Wall", l’album contenait tous ces tubes class?s num?ro 1, comme "Don’t Stop Til You Get Enough", "Rock With You", "She’s Out Of My Life", "Workin Day And Night" – et on avait ?t? nomin?s pour un Grammy Award. Mais au bout du compte je n’?tais pas satisfait de l’?volution de l’album. J’aurais voulu faire tellement plus, proposer plus de choses, m’y mettre bien plus cœur et ?me.
Ebony: Cette p?riode a-t-elle ?t? transitoire pour vous ?
MJ: Oui, ?a a ?t? la transition totale. Depuis que j’?tais petit j’?tudiais l’art de la composition. Et c’est Tcha?kovski qui m’a le plus influenc?. Prenez un album comme "Casse-Noisette", tous les morceaux sont extraordinaires. Avant les artistes avaient tendance ? faire des albums avec une seule bonne chanson, et le reste n’?tait bon que pour des faces B, ce qu’ils appelaient des "chansons pour album". Et je me disais : "Mais pourquoi est-ce que chaque titre ne pourrait pas ?tre un tube ? Pourquoi ne pas faire des chansons si bonnes que les gens voudraient les acheter une fois sorties en single ?" C’est ce que j’essayais de faire ensuite, c’est le but que je m’?tais fix? pour l’album suivant. C’?tait l? tout le principe : de pouvoir sortir (en single) tous les morceaux qu’on voulait. J’ai travaill? dur pour y arriver.
Ebony: Concernant la cr?ation en elle-m?me, est-ce que c’?tait r?fl?chi ou bien c’est venu tout seul ?
MJ: Non, c’?tait plut?t r?fl?chi. Car consciemment, ?a a ?t? le fruit d’id?es humaines mises en commun, dans le monde r?el. Mais bien s?r qu’il y a aussi une certaine magie qui s’op?re quand on trouve la bonne alchimie entre collaborateurs. C’est forc?. C’est comme si on m?langeait certains ?l?ments, qu’on les mettait dans un h?misph?re, et que la magie r?sultant de ce m?lange apparaissait dans l’autre h?misph?re. C’est de la science. Et c’est tout simplement merveilleux de pouvoir collaborer avec des gens aussi talentueux.
Quincy m’a donn? un surnom : Smelly, et Stephen Spielberg m’appelle aussi comme ?a. M?me si aujourd’hui il m’arrive de dire des gros mots, ? l’?poque, impossible de m’en faire dire ! Je disais qu’une chanson ?tait "smelly" (qu'elle d?gageait une bonne odeur), ce qui signifie qu’elle est tellement bien qu’elle vous transporte compl?tement. Voil? pourquoi il m’appelait "Smelly".
Mais oui, c’?tait vraiment merveilleux de travailler avec Quincy. Il me laissait faire ce que je voulais, faire mes exp?riences musicales, il fait preuve de suffisamment de g?nie pour ne pas interf?rer avec la musique. Mais d?s qu’il sent qu’il manque quelque chose, alors il l’ajoute. Et puis il entend des petites choses, comme ?a. Par exemple pour "Bille Jean" j’avais trouv? une partie du riff de basse, de la m?lodie et de la composition toute enti?re. Mais en l’?coutant, il y a rajout? un autre riff sympa…
Quand on travaillait sur un morceau, on se le repassait quand on se retrouvait chez lui. Il me disait : "Smelly, laisse la chanson te parler. – D’accord… – Si elle a besoin de quelque chose elle te le fera savoir, laisse-lui te parler." J’ai appris ? proc?der de cette mani?re. La cl? pour ?tre un grand auteur, c’est justement de ne pas ?crire. Il ne faut pas intervenir, il faut laisser la place ? Dieu d’entrer dans la pi?ce. Voil? pourquoi quand j’?cris quelque chose et qu’au fond de moi je sais que c’est la bonne, alors je me mets ? genoux pour le remercier. Merci J?hovah !
Ebony: Quand avez-vous ressenti cela pour la derni?re fois ?
MJ: R?cemment. Je suis constamment en train d’?crire. L’on sent parfois qu’il y a quelque chose qui nous vient, quelque chose qui grandit en nous, qui nous vient des tripes – presque comme une grossesse. Ca vous fait ressentir un tas d’?motions, on sait que c’est en train de m?rir en nous, et puis ?a sort d’un coup : la magie est l?. C’est comme une explosion d’un ensemble de choses si magnifiques qu’on se dit : "Wow, j’y suis, je l’ai !" Voil? comment ce ph?nom?ne ?volue en vous, c’est magnifique. C’est ainsi que s’exprime tout un univers de possibilit?s, cr??es ? partir des douze notes que nous connaissons…
(Il ?coute une version d?mo de "Billie Jean", diffus?e sur un iPhone…)
Quand j’?cris, je fais d’abord un esp?ce de brouillon, un truc fait ? l’arrache simplement pour me faire une id?e sonore du refrain et voir s’il me pla?t. Si cette version toute basique me va, alors je sais que ?a sera bon… Ecoutez ?a, c’?tait chez nous, avec Janet, Randy et moi. Janet et moi faisons "Whoo whoo… Whoo whoo…" C’est ce que je fais pour toutes mes chansons. La m?lodie est ce qu’il y a de primordial. Si je suis emball? par la m?lodie en version d?mo comme ?a, alors je m'attaque ? la suite de la cr?ation du titre. Si j’aime ce que j’entends dans ma t?te, en g?n?ral c’est bien ? l’ext?rieur aussi. L’id?e c’est d’arriver ? transcrire ce qu’on a dans la t?te pour l’enregistrer sur une cassette.
Prenez "Bille Jean" par exemple, dont la ligne de basse est la partie pro?minente, dominante du morceau, le protagoniste de la chanson. Ce riff principal qu’on entend, eh bien il faut du temps pour parvenir ? modeler le caract?re de ce riff et faire ce qu’on en veut. Ecoutez l?, vous pouvez entendre quatre basses qui transmettent diff?rentes personnalit?s, ces quatre basses composent le caract?re du riff. Mais c’est beaucoup de travail.
Ebony: Un autre ?v?nement marquant a ?t? votre prestation au Motown 25…
MJ: J’?tais en studio pour faire le montage (du clip) "Beat It", et il s’est trouv? que c’?tait aux studios Motown – alors que je ne travaillais plus pour eux depuis longtemps. Ils pr?paraient quelque chose pour l’anniversaire de la Motown, et Berry Gordy est pass? me voir pour me demander si j’avais envie de participer ? ce spectacle, et j’ai r?pondu que non. Je lui ai dit non. J’ai fait ?a parce que j’avais d?j? mon propre projet en cours – Thriller – et que je voulais continuer de me consacrer ? son ?volution. Il m’a dit : "Mais c’est quand m?me notre anniversaire…" alors je lui a dit ceci : "Je veux bien le faire, mais ? une seule condition : que tu me laisses chanter un titre qui n’est pas de chez Motown." Il m’a demand? lequel c’?tait, et j’ai r?pondu "Billie Jean", et il a accept?. J’ai fait : "C’est s?rieux ? Tu vas vraiment me laisser chanter "Bille Jean" ?" et il a dit que oui.
Donc je me suis mis ? r?p?ter, ? d?cider des chor?graphies et des costumes pour mes fr?res, ? choisir les chansons du medley qu’on allait interpr?ter. Et non seulement ?a, il me fallait aussi superviser tous les angles de vue des cam?ras. Pour tout ce que je fais, c’est moi le r?alisateur et le monteur. Chaque plan que vous voyez, c’est moi qui l’ai dirig?. Je vais vous expliquer pourquoi je dois m’y prendre ainsi. J’ai cinq… non six cam?ras. Quand on est sur sc?ne – et peu importe la performance qu’on donne – si le rendu final ? l’?cran n’est pas le bon, alors les gens ne pourront jamais en profiter pleinement. (La vid?o), c’est le m?dia le plus ?go?ste au monde : on filme uniquement ce qu’on d?cide de montrer aux gens, quand on veut leur montrer, comment on veut leur montrer et quelle juxtaposition des images on veut leur montrer. C’est ? vous de cr?er la totalit? de ce que les gens vont voir et ressentir, ? travers le choix des angles et des plans. Car moi je sais ce que je veux voir, je sais ce que je veux transmettre au public, je sais quelle r?action je veux susciter chez eux. Je sais bien ce que j’ai ressenti en ex?cutant ma performance, donc j’essaie de reproduire cette m?me ?motion au moment de la r?alisation et du montage.
Ebony: Depuis quand cr?ez-vous tous ces ?l?ments ?
MJ: Depuis que je suis petit, quand j’?tais avec mes fr?res. Mon p?re disait toujours : "Michael montre-leur comment faire, allez, montre-leur !"
Ebony: Et ?a ne les rendait jamais jaloux ?
MJ: A l’?poque ils ne le montraient pas en tous cas. Il n’emp?che que ?a a d? ?tre difficile pour eux, car moi je ne me faisais jamais frapper pendant nos r?p?titions. (Rires) C’est seulement apr?s que j’avais des probl?mes. (Rires) C’est vrai, j’y avais droit apr?s, moi. Mon p?re nous faisait r?p?ter avec une ceinture ? la main, donc on n’avait pas droit ? l’erreur. Mon p?re ?tait un g?nie dans sa fa?on de nous apprendre comment nous mettre en sc?ne, comment jouer avec le public, anticiper ce qu’on allait faire ensuite, ne jamais montrer au public qu’on souffrait, que ?a n’allait pas. En ce sens, c’?tait un vrai g?nie.
Ebony: Pensez-vous que c’est de l? que vous vient non seulement votre sens des affaires, mais aussi votre aptitude ? tout contr?ler ?
MJ: Absolument. Ca vient de mon p?re, de l’exp?rience… Mais j’ai beaucoup appris de mon p?re, effectivement. Quand il ?tait jeune il avait un groupe qui s’appelait les Falcons. Les autres membres venaient tr?s r?guli?rement chez nous pour jouer de la musique, donc on a toujours ?t? impr?gn?s de danse et de musique. C’est quelque chose de culturel chez les Noirs. On pousse tous les meubles, on monte le son… Et quand vient du monde, chacun se met au centre de la pi?ce pour chanter ou danser. J’adorais ?a.
Ebony: Et vos enfants, ils font ?a aussi ?
MJ: Oui, mais ils n’osent pas toujours. Ils le font pour moi parfois.
Ebony: A propos de votre cot? show-man, parlons de MTV. Ils ne passaient jamais les clips d’artistes Noirs. Qu’est-ce que ?a vous faisait ?
MJ: Ils ont dit qu’ils ne diffusaient pas les (artistes Noirs). Ca m’a bris? le cœur, mais en m?me temps ?a a touch? la corde sensible. Alors je me disais que je devais cr?er quelque chose qu’ils ne pouvaient pas ignorer. Je refusais qu’on m’ignore comme ?a. En attendant, pour "Billie Jean" ils disaient : "On ne le passera pas."
Mais lorsqu’ils se sont d?cid?s ? le diffuser, jamais ils n’avaient rencontr? un tel succ?s ! Apr?s ?a ils me demandaient de leur donner (les droits de diffusion) de tout ce qu’on avait fait. Ils nous harcelaient litt?ralement de demandes. Et puis c’est la p?riode o? Prince a perc?, donc ?a leur a ouvert des portes ? lui ainsi qu’? tous ces autres artistes Noirs. (Mais avant cela, MTV) c’?tait 24 heures de heavy metal non stop, une cacophonie d’images bizarres…
(Depuis,) je ne sais combien de fois ils sont venus me dire : "Michael, sans toi MTV n’existerait pas." Ils venaient me le dire personnellement, sans arr?t. J’imagine qu’? l’?poque ils refusaient simplement de nous entendre. Cependant je ne pense pas que leurs intentions ?taient si mauvaises que ?a. (Rires)
Ebony: C’est ce qui a donn? naissance ? l’?re actuelle des clips-vid?o…
MJ: Je me rappellerai toujours de mon fr?re Jackie qui me disait : "Michael, il faut absolument que tu regardes cette cha?ne. C’est dingue, leur concept est r?volutionnaire. Ils passent des vid?os musicales 24h sur 24h… 24h sur 24h, tu te rends compte !" J’ai dit : "Ok, fais voir…" Et puis j’ai regard? les images en disant : "Si seulement ils pouvaient rendre tout ?a un peu plus divertissant, y mettre plus d’histoires et de danse, je suis certain que ?a plairait mieux aux gens." J’ai donc d?cid? que pour mes prochains clips il fallait qu’il y ait une histoire, avec une introduction, un d?veloppement et une fin, de fa?on ? ce que l’on puisse suivre un fil lin?aire ; il fallait qu’il y ait un fil conducteur. Et c’est gr?ce ? ce c?t? divertissant que le spectateur se demande ce qui va se passer dans le clip. Alors j’ai commenc? ? tester et ? mettre cette id?e en pratique dans "Thriller", "The Way You Make Me Feel", "Bad" ou encore "Smooth Criminal".
Ebony: Que pensez-vous de l’?tat actuel du monde de la musique et du clip-vid?o ?
MJ: (L’industrie musicale) est ? un tournant, car elle est en pleine mutation. Les gens sont un peu perdus en ce moment, ils ne savent pas ce qui va se passer, ni comment vendre et distribuer la musique. Je crois que c’est Internet qui a chamboul? tout ?a, car c’est tellement puissant et les jeunes y sont accros. Ils ont acc?s au monde du bout des doigts, sur leurs genoux : aux informations qu’ils recherchent, aux personnes avec lesquelles ils veulent communiquer, ? toute la musique, tous les films… Cette technologie a vraiment tout mis sens dessus dessous. Mais ce qui se fait ? l’heure actuelle, tous ces contrats avec Starbucks ou Walmart o? tout va directement ? l’artiste (sans passer par une maison de disques), je ne sais pas trop si c’est la bonne solution. Je crois que la solution serait plut?t de faire de la musique extraordinaire et de toucher le public le plus vaste possible. J’ai l’impression que les gens n’ont pas encore trouv? la r?ponse ad?quate ? tout cela. On ne peut pas dire qu’il y ait de r?volution musicale non plus en ce moment. Mais le jour viendra o? la musique sera si g?niale que les gens seront pr?ts ? tout pour l’acheter. C’est un peu comme ce qui se passait avant "Thriller" : les gens n’achetaient pas de disques. (Cet album) a permis de remplir les magasins de disques ? nouveau. Alors quand ?a arrivera, ?a marchera, ? tous les coups.
Ebony: Qui vous impressionne ?
MJ: D’un point de vue artistique, je trouve que Ne-Yo fait un boulot g?nial. Il a un c?t? tr?s Michael Jackson aussi. C’est ce que j’aime chez lui, je vois bien qu’il comprend ce qu’est l’?criture.
Ebony: Et vous travaillez avec ces jeunes artistes ?
MJ: Oui ! Je n’ai jamais ?t? du genre ? cracher dans la soupe. Je me fiche qu’il s’agisse du facteur ou du balayeur du coin, s’ils ont une bonne chanson ? me proposer, c’est tout ce qui m’int?resse. Certaines des id?es les plus brillantes viennent de gens tout ? fait normaux. Ils peuvent vous dire : "Mais pourquoi vous n’essayez pas de faire ci ou ?a…" et vous faire d’excellentes suggestions, alors on en tient compte et on essaie de faire ce qu’ils ont propos?. Chris Brown est formidable. Akon est aussi tr?s dou? comme artiste.
Mon but c’est toujours de cr?er de la musique qui va influencer les g?n?rations suivantes. Que ce soit une sculpture, un tableau ou une musique, un artiste veut forc?ment voir ses cr?ations survivre. C’est comme ce que Michel-Ange a dit : "Je sais que le cr?ateur partira, mais l’œuvre survivra. Ainsi, c’est pour ?chapper ? cette mort que je tente de lier mon ?me ? mon travail." Je ressens la m?me chose, je donne tout dans mon travail car je veux qu’il continue ? vivre.
Ebony: Qu’est-ce que cela vous fait de vous dire que vous ?tes entr? dans l’histoire ? Vous y pensez parfois ?
MJ: Oui, j’y pense beaucoup. Je suis fier d’avoir ouvert des portes (pour les autres), d’avoir contribu? ? d?truire certaines barri?res. C’est en voyageant, en allant en tourn?e dans des stades que je me suis rendu compte de l’influence qu’a la musique. Depuis l? sc?ne je voyais le public s'?tendre ? perte de vue. C’est un sentiment fantastique, mais qui est issu de nombreuses souffrances.
Ebony: Comment ?a ?
MJ: Quand l’on est un pionnier au sommet de son art, les gens essaient de vous agresser. C’est comme ?a : les gens veulent attaquer ceux qui sont tout en haut de l’?chelle.
Mais je suis reconnaissant par rapport ? tous ces records battus, d’avoir fait certains des albums les mieux vendus, d’avoir eu tous ces titres class?s num?ro 1… Je suis toujours reconnaissant pour cela. Moi quand j’?tais gamin je m’asseyais dans le salon et j’?coutais les disques de Ray Charles que mettait mon p?re. Ma m?re me r?veillait parfois ? trois heures du matin en disant : "Vite Michael, il passe ? la t?l? !" Alors je me pr?cipitais devant la t?l? pour y voir James Brown et je me disais : "Voil? ce que je veux devenir."
Ebony: On peut esp?rer plus de choses de la part de Michael Jackson ? l’avenir ?
MJ: J’?cris ?norm?ment en ce moment. Je vais en studio pratiquement tous les jours. En ce qui concerne la vague rap qu’il y a actuellement, d?s l’?poque o? ?a a commenc?, j’avais toujours pens? que ce genre de musique adopterait progressivement une structure plus m?lodique, afin de le rendre plus universel, comme tout le monde ne parle pas anglais. (Rires) (Avec le rap) la fronti?re s’arr?te ? son pays d’origine. Tandis que quand ils y ont ajout? des m?lodies – ce que chacun a la capacit? de fredonner – c’est l? que ?a s’est export? en France, au Moyen Orient, partout ! Aujourd’hui on entend ?a dans le monde entier, tout ?a gr?ce ? ce fil m?lodique et lin?aire qu’ils ont int?gr? (au rap). L’important c’est de pouvoir fredonner un son, du fermier en Irlande ? la dame qui nettoie les toilettes ? Harlem, des gens qui arrivent ? siffler aux enfants qui claquent des doigts. Il faut que les gens puissent fredonner une musique.
Ebony: Aujourd’hui vous avez presque cinquante ans. Pensez-vous que vous ferez toujours ce m?tier ? quatre-vingts ans ?
MJ: Franchement, non. En tous cas pas comme l’ont fait James Brown ou Jackie Wilson qui en ont trop fait et se sont tu?s (sur sc?ne). J’aurais souhait? que (James Brown) ralentisse le rythme, qu’il se d?tende un peu et qu’il profite du fruit de ses ann?es de travail acharn?.
Ebony: Vous comptez refaire une tourn?e ?
MJ: Je n’aime pas les longues tourn?es. Mais pour un artiste, partir en tourn?e c’est un moyen magnifique d’affiner son art, et c’est ce que j’aime l?-dedans. On trouve ?a ? Broadway aussi et j'adore ?a, voil? pourquoi les acteurs y vont, pour affiner leur art. Et ca marche bien. Car il faut des ann?es pour devenir un grand artiste, des ann?es. On ne peut pas prendre le premier inconnu venu, le pousser sur sc?ne et s’attendre ? ce qu’il puisse rivaliser avec un (v?ritable) artiste, car ?a ne fonctionnera pas. Et le public s’en rend bien compte, les gens le voient. Ils remarquent imm?diatement la fa?on que la personne sur sc?ne a de bouger la main, le corps, d’utiliser un micro ou de faire son salut.
Stevie Wonder, qui est un proph?te de la musique, fait partie de ceux ? qui je dois beaucoup. (Quand j’?tais enfant) je n’arr?tais pas de me dire que je voulais participer plus ? l’?criture des chansons. J'avais l'habitude de regarder (les producteurs) Gamble et Huff, Hal Davis et les membres de The Corporation ?crire tous les tubes des Jackson 5, car je voulais ?tudier chacune des ?tapes de la cr?ation des morceaux. C’?tait seulement une fois qu’ils avaient termin? un titre qu’ils nous faisaient venir au studio pour l’enregistrer, et ?a me mettait en col?re parce que je voulais les observer pendant qu’ils cr?aient la chanson. Ils me donnaient "ABC" une fois que la chanson ?tait termin?e, ou bien "I Want You Back" ou "The Love You Save". Mais moi ce que je voulais c’?tait de les voir ? l’œuvre.
Stevie Wonder me permettait de faire cela, d’?tre comme une petite souris. J’ai eu la chance de voir la fabrication de son album "Songs In The Key Of Life", et d’autres joyaux du genre. Je faisais pareil avec Marvin Gaye… Et toutes ces personnes venaient nous voir chez nous et jouaient au basket avec mes fr?res le week-end. On les c?toyait. Donc quand on a l’occasion de voir cette science, l’anatomie des chansons ainsi que leur structure, leur fonctionnement, c’est absolument merveilleux.
Ebony: Vous ?tes un artiste international, quelle est votre opinion du monde d’aujourd’hui ?
MJ: Ce qui m’inqui?te c’est ce point critique qu’a atteint le ph?nom?ne du r?chauffement de la plan?te. Je m’y attendais, mais je pense qu’on aurait d? attirer l'attention des gens l?-dessus bien plus t?t. Mais il n’est jamais trop tard. On d?crit la situation comme un train qui roule sans chauffeur : si on ne l’arr?te pas on ne le r?cup?rera jamais. Il faut agir d?s maintenant. C’est ce que j’essayais de faire avec "Earth Song", "Heal The World", "We Are The World", j’ai ?crit ces chansons pour sensibiliser les gens. J’aimerais qu’ils en ?coutent chaque parole.
Ebony: Que pensez-vous de la prochaine course ? la pr?sidence ? Alors, pour vous ?a sera Hillary Clinton ou Barrack Obama ?
MJ: Pour ?tre franc, je ne suis pas tout ?a. Mon ?ducation m’a appris ? ne pas compter sur les hommes pour r?soudre les probl?mes du monde. Ils en sont incapables, c’est comme ?a que je vois les choses. Nous sommes impuissants face ? cela. Ecoutez, on n’a aucun contr?le sur la terre qui peut trembler, ni sur les mers d’o? peuvent surgir des tsunamis, encore moins sur le ciel qui d?clenche des temp?tes. Nous sommes tous entre les mains de Dieu, et je crois que les hommes devraient prendre cela en consid?ration. Moi ce que j’aimerais, c’est que (les hommes politiques) se pr?occupent plus des b?b?s et des enfants, qu’ils leur apportent une meilleure aide. Ce serait super, non ?
Ebony: Tant qu’on parle de b?b?s, vous ?tes p?re aujourd’hui. Projetez-vous vingt-cinq ans en arri?re. Quelle diff?rence y a-t-il entre le Michael de l’?poque et le celui d’aujourd’hui ?
MJ: Je crois que ces deux Michael sont identiques. C’est juste que je voulais accomplir certaines choses avant d’avoir des enfants. N?anmoins j’avais certaines envies en t?te, et ?lever des enfants faisait partie des choses que je voulais faire. Et aujourd’hui ?a me pla?t ?norm?ment.
Ebony: Que pensez-vous de ce qu’on raconte sur vous ? Quelle est votre r?action face ? cela ?
MJ: Je n’y accorde aucune attention. Je trouve que c’est une preuve d’ignorance. En g?n?ral ?a n’est pas bas? sur des faits mais sur un mythe, celui du mec que les gens ne voient jamais. Dans tous les quartiers vous avez toujours un type que les voisins ne voient jamais, alors ils racontent des comm?rages sur lui. On entend toutes sortes d'histoires sur lui, des rumeurs qui pr?tendent qu’il a fait ci ou ?a. Les gens sont cingl?s !
Moi tout ce que je veux c’est faire de la bonne musique.
Mais revenons aux 25 ans de la Motown, il y a une chose qui m’a touch? apr?s ?tre apparu sur sc?ne et que je n’oublierai jamais. Sur les c?t?s de la sc?ne se trouvaient Marvin Gaye, les Temptations, Smokey Robinson et mes fr?res qui me prenaient tous dans leurs bras et qui m’embrassaient. Richard Pryor est venu vers moi et m’a dit (en chuchotant) : "Alors l?, c’?tait la meilleure prestation que j’aie jamais vue." C’?tait ?a ma r?compense. Quand j’?tais petit et que je vivais dans l’Indiana, j’?coutais Marvin Gaye et les Temptations, et j’?tais vraiment honor? du fait qu’ils m’accordent de tels compliments. Puis le lendemain, Fred Astaire m’appelle et me dit : "Je t’ai regard? hier soir, j’ai enregistr? l’?mission et je l’ai encore regard?e ce matin. T’es un sacr? danseur. Tu as laiss? le public sur le cul hier soir !" Et une autre fois, quand je l’ai recrois?, il m’a fait ce signe avec les doigts (il imite le moonwalk avec ses deux doigts glissant sur la paume de son autre main).
Je me souviens tellement bien de ma prestation ce soir-l?, et je me rappelle avoir ?t? extr?mement d??u car je n’avais pas fait exactement ce que j’avais pr?vu. Je voulais donner plus. Tout ?a jusqu’au moment o? j’allais partir, quand un petit gar?on Juif qui portait son petit smoking m’a regard? et m’a dit d’une voix ?tonn?e : "Qui t’a appris ? danser comme ?a ?" (Rires) J’ai r?pondu : "Dieu sans doute… et le travail aussi."
Traduction: MJFrance (re?u dans la newsletter de MJFrance)
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Commentaires
1. Le jeudi 14 février 2008 à 16:35, par laura
2. Le dimanche 28 juin 2009 à 08:38, par alison
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